À Saint-Sauvant, en Charente‑Maritime, Ludovic Durand, dirigeant d’un centre équestre installé au coeur du vignoble de Cognac, devait relever un double défi : consolider son exploitation pour répondre aux besoins de ses chevaux tout en assurant l’avenir économique de son activité. Pour y parvenir, il a fait appel à la Safer. Une opération de restructuration foncière qui, en deux ans, a mobilisé trois exploitants et transformé bien plus que le parcellaire de l’exploitation.

Lorsqu’il s’installe, Ludovic Durand dispose de huit hectares. Une surface qui lui permet de démarrer son activité équestre, mais qui montre rapidement ses limites. « Je voulais restructurer mon parcellaire afin d’avoir un maximum de prairies autour de mon siège d’exploitation », explique-t-il. Les parcelles de son exploitation sont petites et morcelées, héritage d’un territoire largement consacré à la viticulture. Les écuries ont bien pu être construites sur deux hectares, mais pour une activité équine en développement, cela devient insuffisant. Pour Ludovic Durand, c’est la pérennité même de son entreprise qui est en jeu.
La solution passera par la restructuration… et par le dialogue avec les voisins viticulteurs.
« Le premier objectif était d’anticiper des normes à venir. Au niveau des équins, on sait très bien que les surfaces nécessaires vont augmenter, l’hébergement des chevaux en box est de plus en plus mal perçu, et l’on demande davantage d’espace pour les chevaux. » Mais comment trouver ces terres dans un secteur où la vigne occupe une place prépondérante et où la pression foncière est forte ? La solution passera par la restructuration… et par le dialogue avec les voisins viticulteurs.
« Je pensais que la Safer était en mesure d’articuler les achats, les ventes et les échanges avec mes voisins exploitants agricoles », raconte Ludovic Durand. Car pour agrandir les prairies autour du centre équestre, il fallait que des viticulteurs acceptent de céder certaines parcelles de vigne.
La Safer m’a permis de trouver des parcelles pour compenser les surfaces.
Et finalement, l’opération menée par la Safer va permettre à plusieurs agriculteurs de revoir leur parcellaire. Freddy Jamin, viticulteur, avait luimême un projet de restructuration : « Je voulais arracher les parcelles de vigne à côté du siège de Ludovic et les ramener près de mon siège. La Safer m’a permis de trouver des parcelles pour compenser les surfaces. » Même logique pour Lilian Bureau, installé depuis cinq ans avec la Safer : « Mes objectifs étaient surtout de restructurer mon parcellaire car j’avais deux parcelles qui touchaient Monsieur Durand,
qui étaient en vigne et qui étaient vieillissantes. L’opération nous a permis de vendre ces parcelles et de récupérer des parcelles en contrepartie, ça arrangeait tout le monde. »
Les ventes et les échanges s’enchaînent donc progressivement. Une parcelle cédée permet à un exploitant de récupérer une autre parcelle, qui à son tour peut être mobilisée dans l’opération. Au départ, l’opération devait concerner deux exploitants, mais lorsqu’un appel à candidatures est lancé par la Safer, un troisième agriculteur entre dans cette restructuration.
La Safer assure alors le lien entre les différents acteurs et sécurise juridiquement et financièrement les engagements. « On connaît les interlocuteurs, les différents exploitants qui sont sur le secteur. C’est notre travail au quotidien, notre relationnel, notre réseau », explique Cécile Garandeau, la conseillère foncier de la Safer qui a piloté le projet. « Il y a un vrai travail de médiation, ça fait partie de nos compétences. »

Entre le premier contact et la dernière signature chez le notaire, près de deux années auront été nécessaires. Une durée qui s’explique notamment par les démarches liées aux parcelles de vigne : intégration au casier viticole, démarches administratives, arrachage des vignes, signatures des actes notariés… Cette temporalité rend d’autant plus importante la sécurisation de l’opération. Les engagements et les prix sont fixés en amont, dans les promesses de vente, alors même que les transactions définitives interviendront parfois plusieurs mois plus tard. « La sécurisation est hyper importante pour tout le monde », insiste Ludovic Durand.
« Aujourd’hui, mon exploitation est pérenne et surtout, elle va pouvoir avoir un développement économique pour les prochaines années. » La restructuration a d’abord profondément changé le quotidien de l’exploitation. Les chevaux disposent désormais de prairies proches des installations. Des clôtures ont été réorganisées et des réseaux d’eau installés pour permettre leur alimentation directement au pré.
Les conséquences économiques sont rapidement visibles : moins de déplacements, moins de carburant, moins d’utilisation du matériel, moins de manipulation des chevaux et moins de travail lié au stockage et à la distribution du foin. « On a même pu vendre un tracteur. Au niveau de la charge salariale, on a diminué aussi, puisque beaucoup moins de manipulation des chevaux. »
Le temps de travail peut désormais être consacré davantage au coeur du métier : l’enseignement, l’entraînement et les courses. « Aujourd’hui on a multiplié notre EBE [ndlr : Excédent Brut d’Exploitation] par deux.»
Cette évolution répond surtout à l’objectif initial : améliorer les conditions de vie des chevaux. « Un cheval qui est toute la journée au box, ce n’est pas pareil que quand il est en prairie avec ses confrères. » Le projet a également ouvert la porte à de nouvelles pratiques environnementales : haies, arbres, zones d’ombre et mesures agro environnementales sont venus compléter la restructuration foncière.
Enfin, et non des moindres, « cette restructuration aujourd’hui me permet d’envisager d’avoir du bon temps aussi pour moi », raconte le dirigeant du centre équestre.

L’histoire de Ludovic Durand illustre une réalité qui dépasse
largement le seul secteur équin. Dans de nombreux territoires, notamment en Charente-Maritime où le parcellaire reste souvent très morcelé, « l’objectif est de permettre à des exploitants de se restructurer en vue d’améliorer leurs outils de production », explique Cécile Garandeau.
Les bénéfices sont très concrets : réduire les distances entre les parcelles, constituer des îlots plus cohérents, gagner du temps, limiter les déplacements et les coûts de carburant, améliorer les conditions de travail, renforcer la viabilité économique des exploitations et réduire leur impact environnemental.
« Avec la conjoncture et dans un contexte où les coûts de production pèsent fortement sur les exploitations, ces gains deviennent d’autant plus stratégiques », analyse la conseillère foncier.
C’est un travail absolument nécessaire pour la performance de l’agriculture départementale.
La Safer intervient régulièrement pour accompagner les exploitants dans leurs projets de restructuration. En Nouvelle-Aquitaine, ces opérations peuvent prendre la forme d’échanges, de ventes ou d’acquisitions permettant de constituer des ensembles fonciers plus cohérents. Elles reposent sur la connaissance du territoire, la mise en relation des exploitants et des propriétaires, la médiation et la sécurisation des opérations. Comme le rappelle Cécile Garandeau : « C’est un travail absolument nécessaire pour la performance de l’agriculture départementale. »
© Damien Tugulescu
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