Installation, transmission, diversification : l’accès à l’eau est un élément déterminant de la faisabilité d’un projet agricole. Thomas Larrieu, conseiller Irrigation – Gestion de l’Eau à la Chambre d’Agriculture de la Gironde, partage son éclairage et insiste sur un principe : analyser chaque situation au cas par cas et anticiper.

Thomas Larrieu : L’eau est indispensable. Aujourd’hui, les exploitations qui y ont accès ont davantage de chances de se maintenir. En Gironde, entre 2010 et 2020, le nombre d’exploitations a diminué de 26 %, alors que celles ayant accès à l’irrigation ont diminué de 8 %. Cela montre l’importance de cette ressource.
Le changement climatique renforce cette nécessité, avec moins d’eau en été et davantage en hiver.
T.L. : Il faut raisonner au cas par cas. Les ressources sont multiples : certaines sont très sensibles au changement climatique, d’autres moins ; certaines sont en concurrence avec l’eau potable, d’autres non. Il faut regarder ce qui existe autour du projet, vérifier si une ressource est encore mobilisable, puis s’interroger sur sa vulnérabilité.
Les réglementations peuvent évoluer selon les départements, avec des documents de planification ou des doctrines départementales. Il faut donc regarder ce qui se fait déjà sur le territoire et les ressources réellement disponibles.
T.L. : Le projet peut ne pas aboutir. Depuis le début de l’année, sur 60 projets que nous avons étudiés – transmissions, diversifications en viticulture ou nouveaux ateliers de maraîchage –, 20 ne pouvaient pas se réaliser faute de possibilité d’accès à l’eau. Il faut regarder cette question le plus tôt possible. La réglementation est complexe : il faut distinguer l’autorisation d’irriguer du prélèvement et de l’ouvrage, qu’il s’agisse d’un forage ou d’un lac. Certaines autorisations ne sont pas transmissibles et d’autres nécessitent des renouvellements ou des études.
T.L. : Il faut commencer par identifier le gestionnaire de la ressource. Dans les territoires équipés de réseaux collectifs d’irrigation, les exploitants doivent contacter les gestionnaires pour vérifier la possibilité de se raccorder au réseau d’eau brute sous pression. Ailleurs, l’accès à un volume d’eau agricole est généralement organisé par un organisme unique de gestion collective, l’OUGC. Il faut se rapprocher de l’organisme compétent et respecter les délais, souvent annuels. Mon conseil est de demander les volumes le plus tôt possible, même si le projet n’est pas encore totalement abouti.

T.L. : Il faut travailler sur un mix de solutions. La priorité est de rendre chaque goutte d’eau aussi efficiente que possible : réseaux
de distribution, pilotage de l’irrigation et nouvelles technologies…
En parallèle, il faut identifier les contraintes environnementales : périmètres de captage d’eau potable, vulnérabilité de la ressource, zones humides, cours d’eau… Les SAGE peuvent fournir des diagnostics et des cartes utiles. Le stockage reste une possibilité très intéressante, même si les projets de volumes importants sont difficiles à faire aboutir. D’autres pistes existent, comme la réutilisation des eaux usées.
Il faut aussi garder à l’esprit que les besoins en eau augmentent avec les températures. Nous travaillons donc sur l’ensemble des leviers : efficacité de l’irrigation, pratiques agricoles, matériel, gestion des ressources et stockage. Les solutions existent, mais leur mise en oeuvre demande du temps, alors que le changement climatique, lui, continue d’évoluer.
T.L. : Anticipez ! Il faut identifier la ressource, vérifier sa disponibilité, connaître les autorisations nécessaires et regarder les contraintes environnementales. Et surtout, il faut se faire accompagner. L’eau est devenue une composante de la stratégie d’exploitation. Elle doit être étudiée avec la même attention que les autres dimensions du projet. Plus on intervient tôt, plus on dispose de marges de manoeuvre pour sécuriser sa réalisation.
Nous travaillons donc sur l’ensemble des leviers : efficacité de l’irrigation, pratiques agricoles, matériel, gestion des ressources et stockage.


« L’eau doit être prise en compte dès le début d’un projet de transmission. Notre rôle est d’en sécuriser l’accès le plus tôt possible, avec le cédant et le repreneur. Nous commençons par faire un état des lieux : comment la propriété est-elle irriguée ? Par un réseau collectif, une Cuma d’irrigation, une ASA, un lac privé ? Nous vérifions ensuite auprès de l’administration que les droits et volumes d’eau existent bien et qu’ils sont transmissibles. Mais disposer d’une autorisation d’irrigation ne suffit pas : il faut aussi pouvoir accéder physiquement à l’eau. Lorsque l’ouvrage, les canalisations ou le passage se trouvent sur une autre propriété, nous travaillons à la sécurisation de cet accès, notamment par la mise en place de servitudes.
Chaque transmission est particulière. Notre rôle est d’identifier les points de vigilance et de trouver, avec les différents acteurs, les solutions qui permettront au repreneur de disposer durablement de l’eau nécessaire à son projet. »
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