Actualité

De la vigne aux céréales, Lucas Berthomieu a pu mener à bien son projet d’installation avec l’aide de la Safer

Des céréales pour s’installer. C’est le choix de Lucas Berthomieu, 23 ans, fils de viticulteur, dont l’exploitation se situe à Baigneau, dans l’Entre-deux-Mers girondin.

« Depuis que je suis tout petit, je veux m’installer en viticulture avec mon père. Mais le contexte est difficile. Alors, pour mon installation, j’ai choisi les céréales. » Pour autant, le parcours du jeune agriculteur n’est pas un long fleuve tranquille. « J’ai fait mes études au lycée viticole de Libourne Montagne jusqu’au BTS viti-œno. Et j’ai vu la crise viticole et la crise de la Covid-19. J’ai alors fait un BTS technique et service en matériel agricole à Bergerac et effectué mon stage chez MasseyFergusson à Beauvais, dans une ferme expérimentale. »

Il trouve un poste dans un château viticole girondin mais, crise oblige, son CDD de 6 mois n’est pas renouvelé… et son père n’est pas encore à la retraite. Lucas travaille alors chez un concessionnaire, mais le travail de commercial en machinisme agricole ne l’intéresse pas.

Le jeune agriculteur exploite aujourd’hui 175 hectares sur les communes de Coirac, Castelviel, Saint-Brice et Baigneaux

Un dossier complexe

Dans le même temps, un exploitant cherche à transmettre son exploitation céréalière en Entredeux-Mers. C’est là que la Safer entre en scène. Till Warin, conseiller foncier de l’est Entre-deux-Mers explique : « Il y avait 240 hectares qui se libéraient, ça a fait tilt ! » Il prend alors contact avec le cédant et amorce plusieurs rendez-vous en six mois pour constituer ce dossier complexe.

« Le cédant avait 70 ans et était toujours sur son tracteur. Il y avait une vingtaine de comptes de propriété pour 190 hectares. L’immense majorité du mode de faire valoir du foncier était en bail verbal et l’ensemble des terres était exploité par le cédant. »[…]
L’annonce est publiée fin 2023 et quatre candidats se sont présentés, dont seulement deux sur la totalité de la reprise. Lucas Berthomieu était au rang numéro 1 puisqu’il est un jeune agriculteur et que la priorité de la Safer va à l’installation. Le second sur la liste a une exploitation toute proche, voisin avec lequel Lucas s’est à terme entendu sur le partage de parcelles et de matériel. Mais le jeune agriculteur se voit refuser le financement par une première banque car le dossier comprend achat de terres et de matériel. Lucas Berthomieu ne se décourage pas et il est finalement suivi par le CIC. Les fonds assurés, les baux seront signés en septembre 2024… De quoi rater la fenêtre de tir des semis au printemps.

Il l'a dit

« Pour accompagner la transmission,nous avons dû négocier avec une vingtaine de propriétaires qui avaient formalisé des baux verbaux avec l’exploitant. Le cédant s’est beaucoup investi et s’est occupé d’expliquer la démarche à ses bailleurs.
À la suite de ces échanges, des rendez-vous ont été organisés pour formaliser des promesses de bail, puis des baux ruraux avec le repreneur. Grâce à ce travail d’intermédiation locative, nous avons pu maintenir l’unité de production et permettre la reprise de l’ensemble des terres exploitées, tout en sécurisant les propriétaires. En amont avec le cédant, nous avions mené un important travail de préparation : diagnostics techniques, cotisations MSA, TVA… Le cédant a également bénéficié de l’accompagnement de notre juriste-fiscaliste qui l’a conseillé sur les aspects fiscaux. »

Till Warin, conseiller foncier de la Safer en Gironde

Le jeune agriculteur, maintenant installé, se donne trois à cinq ans pour valider ses rotations de culture… et a déjà fait l’expérience des aléas climatiques qui ont l’ont secoué (80 % de perte sur les tournesols à cause de la grêle, 50 % au semis à cause des pigeons, une inondation pour les sorghos, l’année 2024 a été rude… Il reste malgré tout optimiste et pragmatique. Il est coopérateur. « Euralis m’accompagne. C’est une coopérative «arrangeante» et elle offre une aide de 6 000 euros par an aux jeunes agriculteurs. Aujourd’hui, j’ai un contrat semences pour le blé, les lentilles et les pois chiches avec un prix fixé à l’avance. Et ces céréales offrent un bon rendement chez nous. Je travaille sur les coûts et le technico-économique.

Je me pose la question de la transformation. Dans le secteur, il n’y a pas beaucoup de céréaliers, paille et maïs se vendent plutôt facilement. La grainerie est aussi un débouché dans les grandes surfaces du secteur. Mon but, à long terme, est de faire de la plus-value via la transformation et la vente directe. »

Il faut surtout se «serrer les coudes. Tous ensemble !

Mais il y a encore des interrogations à lever : la certification environnementale et l’irrigation « quand les terres seront plus propres et que je serai plus sûr de moi, je penserai à la haute valeur environnementale. Il y a aussi un gros problème d’accès à l’eau. » Il aimerait « remettre des tomates dans la plaine » comme c’était le cas autrefois. Mais pour cela, il faut de l’eau. Il y travaille pour l’avenir avec la chambre d’agriculture.

zoom sur

L’assurance fermages impayés mise en place par la Safer et Groupama est un moyen de sécuriser les bailleurs privés qui s’engagent au profit d’un candidat proposé par la Safer. En Nouvelle-Aquitaine, La Région prend en charge le coût de l’assurance sur la durée du bail (max. 9 ans) lorsqu’il est au profit d’un nouvel installé.

Lucas Berthomieu est volontaire et croit en l’engagement. Alors qu’il travaille à viabiliser saferme, il occupe également desresponsabilités au syndicat Jeunes Agriculteurs. « Il faut surtout se serrer es coudes. Tous ensemble ! Et être bien accompagnés. » Il entend suivre les conseils donnés, mais travailler pour soi… et la collectivité puisqu’il suit les dossiers d’actualité et reste vigilant face au risque de voir le foncier passer aux investisseurs plutôt qu’aux jeunes agriculteurs.

Par Myriam Robert, le 23 juillet 2025, L’Avenir Aquitain

À consulter également

Formulaire de contact

« * » indique les champs nécessaires

Ce champ n’est utilisé qu’à des fins de validation et devrait rester inchangé.
Adresse